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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 10:09

Tant gratte chèvre que mal gît,
Tant va le pot à l'eau qu'il brise,
Tant chauffe-on le fer qu'il rougit,
Tant le maille-on qu'il se débrise,
Tant vaut l'homme comme on le prise,
Tant s'élogne-il qu'il n'en souvient,
Tant mauvais est qu'on le déprise,
Tant crie-l'on Noël qu'il vient.

Tant parle-on qu'on se contredit,
Tant vaut bon bruit que grâce acquise,
Tant promet-on qu'on s'en dédit,
Tant prie-on que chose est acquise,
Tant plus est chère et plus est quise,
Tant la quiert-on qu'on y parvient,
Tant plus commune et moins requise,
Tant crie-l'on Noël qu'il vient.

Tant aime-on chien qu'on le nourrit,
Tant court chanson qu'elle est apprise,
Tant garde-on fruit qu'il se pourrit,
Tant bat-on place qu'elle est prise,
Tant tarde-on que faut l'entreprise,
Tant se hâte-on que mal advient,
Tant embrasse-on que chet la prise,
Tant crie-l'on Noël qu'il vient.

Tant raille-on que plus on n'en rit,
Tant dépent-on qu'on n'a chemise,
Tant est-on franc que tout y frit,
Tant vaut "Tiens !" que chose promise,
Tant aime-on Dieu qu'on fuit l'Eglise,
Tant donne-on qu'emprunter convient,
Tant tourne vent qu'il chet en bise,
Tant crie-l'on Noël qu'il vient.

Prince, tant vit fol qu'il s'avise,
Tant va-il qu'après il revient,
Tant le mate-on qu'il se ravise,
Tant crie-l'on Noël qu'il vient.

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 17:18

 

 

Sitôt
qu'Aminte fut venue
Nue,
Devant le dey qui lui
semblait
Laid,

Plus blanche qu'un bloc de
Carrare
Rare,
Elle défit ses cheveux blonds,
Longs.

Alors,
ô tête de l'eunuque,
Nuque
Du Bostangi, tu te
courbas
Bas.

Le bassa, dont l'amour enflamme
L'âme,
À
ses pieds laissa son mouchoir
Choir,

En disant : - Ne sois
pas rebelle,
Belle,
Tes pieds blancs et tes blonds
cheveux
Veux.

Or, c'était le bassa d'Épire,
Pire,
Qu'un
vrai moine et plus qu'un manchot
Chaud,

Faisant turques et
circassiennes
Siennes,
Et pour soi seul en
nourrissant
Cent.

Donc, à sa parole
exigeante,
Gente,
Aminte ne dit rien au vaurien
Rien.

Elle
inclina son cou de cygne,
Signe
Qu'elle trouvait le vieux
corbeau
Beau.

Quand ses femmes virent
Aminte,
Mainte
Jalouse idée à plus de vingt
Vint.

Longtemps
le sérail infidèle
D'elle
Parla, puis de ses cheveux
blonds
Longs,

Les blanches qu'à Chypre on
rencontre
Contre,
Et les noires de Visapour
Pour.

 




 

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 09:37

Charles BAUDELAIRE   (1821-1867)

A une dame créole

Au pays parfumé que le soleil caresse,
J'ai connu, sous un dais d'arbres tout empourprés
Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d'orner les antiques manoirs,

Vous feriez, à l'abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le coeur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.

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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 07:40

Pierre de Ronsard (1524-1585)

 

 

 

Marie, baisez-moi ; non, ne me baisez pas,
Mais tirez-moi le coeur de votre douce haleine ;
Non, ne le tirez pas, mais hors de chaque veine
Sucez-moi toute l'âme éparse entre vos bras ;

Non, ne la sucez pas ; car après le trépas
Que serais-je sinon une semblance vaine,
Sans corps, dessus la rive, où l'amour ne démène
(Pardonne-moi, Pluton) qu'en feintes ses ébats ?

Pendant que nous vivons, entr'aimons-nous, Marie,
Amour ne règne pas sur la troupe blêmie
Des morts, qui sont sillés d'un long somme de fer.

C'est abus que Pluton ait aimé Proserpine ;
Si doux soin n'entre point en si dure poitrine :
Amour règne en la terre et non point en enfer.



 

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 10:35

 

 

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.

Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Saharah brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.

 

 

 Charles Baudelaire (1821-1867)

 

 

 

 

 

 

 

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 10:30

 

 

Les yeux bleus de la montagne

On trouve dans les monts des lacs de quelques toises,
Purs comme des cristaux, bleus comme des turquoises,
Joyaux tombés du doigt de l'ange Ithuriel,
Où le chamois craintif, lorsqu'il vient pour y boire,
S'imagine, trompé par l'optique illusoire,
Laper l'azur du ciel.

Ces limpides bassins, quand le jour s'y reflète,
Ont comme la prunelle une humide paillette ;
Et ce sont les yeux bleus, au regard calme et doux,
Par lesquels la montagne en extase contemple,
Forgeant quelque soleil dans le fond de son temple,
Dieu, l'ouvrier jaloux !

 

 

 

Théophile GAUTIER (1811-1872)

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 10:26

 

Poème galant dû à l'abbé Gabriel-Charles de Lattaignant (18ème siècle) également auteur d'une partie des paroles de J'ai du bon tabac.

 

 

Madame, quel est votre mot

Et sur le mot et sur la chose ?

On vous a souvent dit le mot,

On vous a souvent fait la chose.

Ainsi, de la chose et du mot

Pouvez-vous dire quelque chose ?

Et je gagerai que le mot

Vous plaît beaucoup moins que la chose !

 

Pour moi, voici quel est mon mot

Et sur le mot et sur la chose :

J’avouerai que j’aime le mot,

J’avouerai que j’aime la chose :

Mais, c’est la chose avec le mot

Et c’est le mot avec la chose ;

Autrement, la chose et le mot

A mes yeux seraient peu de chose.

 

Je crois même, en faveur du mot,

Pouvoir ajouter quelque chose,

Une chose qui donne au mot

Tout l’avantage sur la chose :

C’est qu’on peut dire encor le mot

Alors qu’on ne peut plus la chose…

Et, si peu que vaille le mot,

Enfin, c’est toujours quelque chose !

 

De là, je conclus que le mot

Doit être mis avant la chose,

Que l’on doit n’ajouter un mot

Qu’autant que l’on peut quelque chose

Et que, pour le temps où le mot

Viendra seul, hélas, sans la chose,

Il faut se réserver le mot

Pour se consoler de la chose !

 

Pour vous, je crois qu’avec le mot

Vous voyez toujours autre chose :

Vous dites si gaiement le mot,

Vous méritez si bien la chose,

Que, pour vous, la chose et le mot

Doivent être la même chose…

Et, vous n’avez pas dit le mot,

Qu’on est déjà prêt à la chose.

 

Mais, quand je vous dis que le mot

Vaut pour moi bien plus que la chose

Vous devez me croire, à ce mot,

Bien peu connaisseur en la chose !

Eh bien, voici mon dernier mot

Et sur le mot et sur la chose :

Madame, passez moi le mot…

Et je vous passerai la chose !

 

 

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