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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 14:19

Ce roman de montagne « La Face de l'ogre » (Savoie poche – Editions la Fontaine de Siloé) est un livre à la fois simple (l'auteur évoque une montagne au nom maléfique qui ressemble à l'Eiger) et  trouble car il ne conte pas la directissime de l' Ogre tentée par l'alpiniste mais l'histoire de celle qui attend en vain son retour.

 

Pour mieux comprendre ce roman, il faut savoir que l'auteur, Simone Desmaison, actrice, comédienne, écrivaine et scénariste, a été l’épouse du célèbre alpiniste René Desmaison, professeur à l'ENSA, guide de haute montagne.

Il fut l'un des pionniers du grand alpinisme hivernal (Alpes, Himalaya). En 1971, il frôle la mort lors de la tentative hivernale d'une nouvelle voie sur l'éperon Walker des Grandes Jorasses ; son compagnon de cordée Serge Gousseault meurt de froid et d'épuisement.

                                                              Les Grandes Jorasses

Le thème du roman

Une montagne au nom maléfique, l'Ogre, un hôtel isolé au sommet d'un col, à deux mille mètres d'altitude, servent de décor unique au déroulement d'un drame insolite. Une femme est là : Hélène. Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Que fait-elle, seule, dans cet hôtel d'altitude fréquenté principalement par des alpinistes et les touristes de passage ? Autant de questions qui ne trouveront leur réponse qu'à l'épilogue. Dans un style pudique et dépouillé à l'extrême, la tension du récit atteint une intensité dramatique bouleversante. Mais La Face de l'Ogre ou la quête de l'impossible retour est surtout une grande histoire d'amour (L'Editeur)

Quelques extraits

« En rencontrant Laurent, elle avait pensé changer de vie. Erreur. Elle avait abandonné Racine, Corneille et les autres pour de plus authentiques tragédies. Elle avait changé de théâtre et d'emploi : elle jouait maintenant les utilités, les confidentes. Elle s'immolait à la divinité « montagne »...

« Quand Laurent parlait de l'Ogre, il disait : c'est comme un mur qui me barre la route, il faut absolument que je gravisse cette montagne pour aller plus loin. »

Elle pensait : Aller plus loin... jusqu'où ?  Leur vie était un point d'interrogation permanent. Un pile ou face avec la mort »

Au cinéma :

Ce roman a été adapté au cinéma dans un film de Bernard Giraudeau avec Annie Duperey dans le rôle principal.

Un peu d'histoire : l'Eiger, « l'ogre suisse »

L’Eiger se situe en Suisse et culmine à 3970 mètres. Son principal intérêt pour les alpinistes est sa légendaire et redoutable face nord ! Dès les années 30, depuis la longue vue de l’auberge de la Kleine Scheidegg, on peut assister en direct aux tragédies. Les premiers à se lancer en 1934 à l’assaut de la vertigineuse face de 1600 mètres, sont trois allemands. Les spectateurs ébahis assisteront à leur échec avec la chute de Willy Beck, premier fracassé de la face nord. En 1935, ce sont encore  des allemands (Karl Mehringer et Max Sedlmayr) qui meurent perdus dans une tempête de neige, à l'abri des regards déçus du public.

 

                                                          L'Eiger

 

 

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 14:07

Le pâté d'anguille en entrée

  • Quelle entrée avez-vous préparée ?

  • Mon Dieu, dit Nicolas (c'est le cuisinier de Colin) pour une fois, je n'ai rien innové. Je me suis borné à plagier Gouffé (Jules Gouffé 1807 – 1877 était un célèbre cuisinier)

  • Faites une croûte de pâté chaud comme pour entrée. Préparez une grosse anguille que vous couperez en tronçons de 3 centimètres. Mettez les tronçons d'anguille dans une casserole, avec vin blanc, sel et poivre, oignons en lames, persil en branches, thym et laurier et une petite pointe d'ail.

     

  • Faites cuire. Retirez l'anguille de la casserole et remettez la dans un plat à sauter. Passez la cuisson au tamis de soie, ajoutez de l'espagnole et faites réduire jusqu'à ce que la sauce masque la cuillère. Passez à l'étamine, couvrez l'anguille de sauce et faites bouillir pendant deux minutes. Dressez l'anguille dans le pâté. Formez un cordon de champignons tournés sur le bord de la croûte, mettez un bouquet de laitances de carpes au milieu. Saucez avec la partie de la sauce que vous avez réservée.

Andouillon des îles au porto musqué

Ainsi, que faites-vous ce soir ? (Colin s'adresse à Nicolas)

  • Je resterai, une fois de plus, dans la tradition de Gouffé en élaborant cette fois un andouillon des îles au porto musqué.

  • Et ceci s'exécute ? dit Colin

  • De la façon suivante : prenez un andouillon que vous écorcherez malgré ses cris. Gardez soigneusement la peau. Lardez l'andouillon de pattes de homards émincées et revenues à toute bride dans du beurre assez chaud. Faites tomber sur glace dans une cocotte légère. Poussez le feu et sur l'espace ainsi gagné, disposez avec goût des rondelles de ris mitonné. Lorsque l'andouillon émet un son grave, retirez prestement du feu et nappez de porto de qualité. Touillez avec une spatule de platine. Graissez un moule et rangez-le pour qu'il ne rouille pas. Au moment de servir, faites un coulis avec un sachet de lithinés (*) et un quart de lait frais. Garnissez avec les ris, servez et allez-vous-en.

 

(*) lithinés : qui contient de l'oxyde de lithium (corps simple, métal alcalin d'un blanc argenté, le plus léger de tous les solides)

 

Un remontant

 

Nicolas a passé la nuit chez Isis

    • Ses parents n'étaient pas là ? Demanda Chloé

    • Non, il y avait juste ses deux cousines et elles ont absolument voulu que je reste.

    • Elles avaient quel âge ? demanda Colin insidieusement

    • je ne sais pas dit Nicolas, mais, au toucher, je donnerais seize ans à l'une et dix-huit à l'autre.*Tu as passé la nuit là-bas ? Demanda Colin

    • Euh... dit Nicolas, elles étaient toutes les trois un peu éméchées, alors j'ai dû les mettre au lit. Le lit d'Isis est très grand...

 

Nicolas a bien mauvaise mine et tousse d'une façon peu naturelle. Chloé lui propose des abricots fourrés aux dattes et aux pruneaux dans un sirop onctueux et caramélisé.

Mais Nicolas préfère quelque chose de plus remontant.

Il se confectionne un horrible breuvage sous les yeux de Colin et de Chloé.

Il y avait du vin blanc, une cuillerée de vinaigre, cinq jaunes d’œufs, deux huîtres, et cent grammes de viande hachée avec de la crème fraîche et une pincée d'hyposulfite (*) de soude.

Le tout descendit dans son gosier en faisant le bruit d'un cyclomoteur en pleine vitesse.

 

(*) hyposulfite : sel de l'acide hyposulfureux (acide instable)

 

Créateur d'une langue originale et foisonnante, Boris Vian nous offre avec L'écume des jours un roman dont l'originalité tient à la fois à sa dimension poétique, à ses jeux de langage, à son imagination débordante et à sa dimension libertaire.

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 18:43

Château de Solles, lundi 30 juillet 1883.


Ma chère Lucie,

...

Comme nous ne sommes que deux femmes, mon mari remplit les rôles de soubrette, et pour cela il s’est rasé. Tu ne te figures pas, ma chère Lucie, comme ça le change ! Je ne le reconnais plus... ni le jour ni la nuit. S’il ne laissait pas repousser immédiatement sa moustache je crois que je lui deviendrais infidèle, tant il me déplaît ainsi.

Vraiment, un homme sans moustache n'est plus un homme. Je n'aime pas beaucoup la barbe ; elle donne presque toujours l'air négligé, mais la moustache, oh ! La moustache est indispensable à une physionomie virile. Non, jamais tu ne pourrais imaginer comme cette petite brosse de poils sur la lèvre est utile à l’œil et … aux... relations entre époux.

...

Oh ! ma chère Lucie, ne te laisse jamais embrasser par un homme sans moustaches ; ses baisers n’ont aucun goût, aucun, aucun ! Cela n’a plus ce charme, ce moelleux et ce... poivre, oui, ce poivre du vrai baiser. La moustache en est le piment. Figure-toi qu’on t’applique sur la lèvre un parchemin sec... ou humide. Voilà la caresse de l’homme rasé. Elle n’en vaut plus la peine assurément.

 

 

 

 

 

D’où vient donc la séduction de la moustache, me diras-tu ? Le sais-je ? D’abord elle chatouille d’une façon délicieuse. On la sent avant la bouche et elle vous fait passer dans tout le corps, jusqu’au bout des pieds un frisson charmant. C’est elle qui caresse, qui fait frémir et tressaillir la peau, qui donne aux nerfs cette vibration exquise qui fait pousser ce petit « ah ! » comme si on avait grand froid.

 

 

 

Et sur le cou ! Oui, as-tu jamais senti une moustache sur ton cou ? Cela vous grise et vous crispe, vous descend dans le dos, vous court au bout des doigts. On se tord, on secoue ses épaules, on renverse la tête ; on voudrait fuir et rester ; c’est adorable et irritant !  Mais que c’est bon !


Et puis encore... vraiment, je n’ose plus ? Un mari qui vous aime, mais là, tout à fait, sait trouver un tas de petits coins où cacher des baisers, des petits coins dont on ne s’aviserait guère toute seule. Eh bien, sans moustaches, ces baisers-là perdent aussi beaucoup de leur goût, sans compter qu’ils deviennent presque inconvenants ! Explique cela comme tu pourras. Quant à moi, voici la raison que j’en ai trouvée. Une lèvre sans moustaches est nue comme un corps sans vêtements ; et, il faut toujours des vêtements, très peu si tu veux, mais il en faut !

 

Le créateur (je n’ose point écrire un autre mot en parlant de ces choses), le créateur a eu soin de voiler ainsi tous les abris de notre chair où devait se cacher l’amour. Une bouche rasée me paraît ressembler à un bois abattu autour de quelque fontaine où l’on allait boire et dormir.

...

Il n’y a point d’amour sans moustaches !

À un tout autre point de vue, la moustache est essentielle. Elle détermine la physionomie. Elle vous donne l’air doux, tendre, violent, croquemitaine, bambocheur, entreprenant ! L’homme barbu, vraiment barbu, celui qui porte tout son poil (oh ! le vilain mot) sur les joues n’a jamais de finesse dans le visage, les traits étant cachés. Et la forme de la mâchoire et du menton dit bien des choses, à qui sait voir.

L’homme à moustaches garde son allure propre et sa finesse en même temps.


Et que d’aspects variés elles ont, ces moustaches ! Tantôt elles sont retournées, frisées, coquettes. Celles-là semblent aimer les femmes avant tout !
Tantôt elles sont pointues, aiguës comme des aiguilles, menaçantes. Celles-là préfèrent le vin, les chevaux et les batailles.


Tantôt elles sont énormes, tombantes, effroyables. Ces grosses-là dissimulent généralement un caractère excellent, une bonté qui touche à la faiblesse et une douceur qui confine à la timidité.


Et puis, ce que j’adore d’abord dans la moustache, c’est qu’elle est française, bien française. Elle nous vient de nos pères les Gaulois, et elle est demeurée le signe de notre caractère national enfin.
Elle est hâbleuse, galante et brave. Elle se mouille gentiment au vin et sait rire avec élégance, tandis que les larges mâchoires barbues sont lourdes en tout ce qu’elles font.

Allons, adieu, ma chère Lucie, je t’embrasse de tout mon cœur. Vive la moustache !


Jeanne.

 

 

Publié dans Gil Blas le 31 juillet 1883, cette nouvelle  est une « fantaisie passant volontairement du coq à l'âne, à la façon de ces jeunes femmes que Maupassant adore pour leur physique plus que pour leur esprit »

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 14:28

Ce roman de l'abbé Prévost (1697 – 1763) dont l’œuvre la plus connue est « Manon Lescaut » se déroule en Turquie où le narrateur « était employé aux affaires du roi dans une cour que personne n'a mieux connu que lui les usages et les intrigues » (ambassadeur français)   Ce roman relate l'histoire d'une jeune grecque, Théophé qui est  l'une des favorites du sérail (harem) du pacha Cheriber.

 

Ce roman de l'abbé Prévost (1697 – 1763) dont l’œuvre la plus connue est « Manon Lescaut » se déroule en Turquie où le narrateur « était employé aux affaires du roi dans une cour que personne n'a mieux connu que lui les usages et les intrigues » (ambassadeur français)

 

Ce roman relate l'histoire d'une jeune grecque, Théophé qui est l'une des favorites du sérail (harem) du pacha Cheriber.

 

Humanisme et liberté

 

Lors d'une visite de l'ambassadeur au pacha, ils s'entretiennent au sujet des 22 femmes du harem :

« Il me tint quelques discours sensés sur la force de l’éducation et de l’habitude, qui rend les plus belles femmes soumises et tranquilles en Turquie, pendant qu’il entendait, me dit-il, toutes les autres nations se plaindre du trouble et du désordre qu’elles causent ailleurs par leur beauté ».

 

Heureux de constater l’asservissement de la femme qu’a réussi à accomplir le monde oriental, il commet  l’erreur de parler devant elle de la condition de la femme occidentale :

« Je lui parlais avec douleur de l’infortune des pays chrétiens, où les hommes n’épargnant rien pour le bonheur des femmes, les traitant en reines plutôt qu’en esclaves, se livrant à elles sans partage, ne leur demandent pour unique retour que de la douceur, de la tendresse et de la vertu, ils se trouvent presque toujours trompés dans le choix qu'ils font d'une épouse... »

 

Et le pacha de déclarer : " de vingt-deux que vous voyez ici, il n'y en a pas quatre qui soient nées turques. La plupart sont des esclaves que j'ai achetées sans distinction. Et me faisant jeter les yeux sur une des plus jeunes et des plus aimables : c'est une Grecque me dit-il, que je n'ai que depuis six mois. »

 

L'ambassadeur ayant reçu un billet de Théophé qui le « conjurait, au nom de l'estime qu'il lui avait marquée pour les femmes qui aimaient la vertu, d'employer son crédit à la tirer des mains du pacha » décide « de l'acheter pour la rendre libre »

Amour : le bonheur espéré

 

« Vous êtes à moi...Mon intention est de vous rendre heureuse...Vous pouvez trouver ici dans la tendresse d'un homme qui vous aime et dans l'abondance de toute sortes de biens ce que vous chercheriez peut-être inutilement dans tout le reste du monde »

« Ne craignez point de lever les yeux sur moi... et reconnaissez -moi pour l'homme du monde qui est le moins capable de vous chagriner ou de faire violence à vos inclinations. Mes désirs sont l'effet naturel de vos charmes... »

 

Amour : la déception

 

« Elle m'interrompit par une exclamation qui me parut venir d'un cœur pénétré d’amertume ; et lorsque je me flattais de lui tenir un discours propre à l'apaiser, elle me fit connaître que je mettais le comble à sa douleur »

 

Notre ambassadeur cherche à connaître ses origines, trouve son père présumé, s'oppose au sélictar (dignitaire turc amoureux de Théophé), renvoie Synèse (frère supposé de Théophé lui aussi tombé amoureux d'elle) Mais il n'obtient pas ses faveurs :

« Ce n'était plus une esclave que j'avais rachetée, une inconnue qui ne pouvait se faire avouer de son père, une fille malheureuse livrée à la débauche d'un sérail ; je ne voyais plus dans elle, avec toutes les qualités que j'adorais depuis si longtemps, qu'une personne anoblie par la grandeur même qu'elle avait méprisée et digne de plus d'élévation que la fortune ne pouvait lui en offrir... »

 

 

 

Intrigues et jalousie

 

Sur l'ordre du roi, l'ambassadeur et Théophé quittent la Turquie sur un vaisseau marseillais et font escale quelques semaines à Livourne (Italie). Logés dans une auberge, Théophé « passa pour sa fille et lui pour un homme ordinaire qui revenait de Constantinople avec sa famille. » Là, il vit « un jeune français fort occupé des charmes de Théophé, le comte de M... Q... . Je ne vis d'abord dans ses empressements que la galanterie ordinaire aux français... »

« ...si le hasard ne m'eût un jour ramené dans un moment où j'étais si peu attendu, qu'entrant subitement dans la chambre de Théophé, je surpris le comte à ses genoux. La vue d'un serpent qui m'aurait soufflé son poison n'eût pas répandu plus de trouble et de consternation dans tous mes sens. »

 

L'ambassadeur passe la nuit à surveiller la chambre de Théophé, en vain. Au lever du soleil, elle sort avec sa suivante. La clef étant restée sur la porte, il pénètre dans sa chambre « dans l'espérance de trouver quelque vestige de ce qui l'avait alarmé. En portant un œil curieux dans toutes les parties de la chambre, il aperçut une petite porte qui donnait sur un escalier dérobé. Voilà le chemin du comte... »

« J'observai jusqu'aux moindres circonstances la figure du lit, l'état des draps et des couvertures. J'allai jusqu'à mesurer la place qui suffisait à Théophé, et à chercher si rien ne paraissait foulé hors des bornes que je donnais à sa taille. »

L'indécence de l'amour

 

« Ainsi, par un changement bien étrange, c'était moi qui prenais la commission d'assurer ses conquêtes à Théophé, et qui pensais à me séparer pour jamais d'elle en la rendant la femme d'un autre. »

« Et quoique je ne fusse point encore dans un âge où l'amour est une indécence, j'avais des vues de fortune qui ne s'accordaient point avec des engagements de cette nature. »

 

Pour connaître la fin du roman, lire le livre !

 

Mon avis sur ce roman

Théophé, libérée du harem, lutte pour … sa vraie liberté. Mais toutes ses tentatives pour y accéder sont vaines. Son libérateur (l'ambassadeur) au nom d'un humanisme de bon aloi, contrôle ses faits et gestes, ses fréquentations, et la retient dans une prison dorée où la liberté n'est qu’un leurre. Prisonnière des volontés paternelles, amoureuses et jalouses de son sauveur, elle incarne la souffrance des femmes que les hommes s’entêtent à posséder.

 

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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 15:16

Cette nouvelle est tirée du livre le Décaméron de Boccace

 

Giovanni Boccacio (en français Jean Boccace) est un écrivain italien né le 16 juin 1313 à Certaldo

L'action de ce recueil se déroule à Florence durant l'épidémie de peste noire en 1348

Le Décaméron est un recueil de 100 nouvelles écrit en langue italienne entre 1349 et 1353

La cage du rossignol est présentée lors de la 5ème journée sous le principat de Fiammette. Cette journée traite des évènements heureux qui ont terminé une série d'aventures tragiques ou déplorables, survenues à certains amoureux.

Pier Paolo Pasolini s'est inspiré de ce livre pour réaliser un film  "Le Décaméron"

La cage du rossignol

…...

Vivait en Romagne messire Lizio, un chevalier bien doté sous le rapport de la distinction et de la fortune, qui touchait presque à la vieillesse quand Giacomina, sa femme, lui donna une fille. Prénommée Catherine, en grandissant, elle devint la plus aimable du pays. Comme elle était restée le seul enfant du ménage, on la chérissait, on la couvait avec tous les soins d'une jalouse tendresse, dans l'espoir de lui faire voir un grand mariage.

Un intime de messire Lizio, Richard Manardi de Brettinoro était un beau jeune homme frais comme une rose. A maintes reprises, il fixa de son regard Catherine. Il vit l'éclat de sa jeunesse et de sa beauté, son charme, son maintien, cette grâce qu'un poète eût chantée. Il devint éperdument amoureux mais il mit tous ses soins à dissimuler sa passion.

La jeune fille s'en aperçut, ne chercha point à parer le coup, et s'éprit elle-même du jouvenceau, dont la joie se laissa deviner. Mais elle était surveillée et ne savait comment donner accès à sa chambre à Richard. Celui-ci envisage plusieurs projets.

- Mon cœur, dit-il tout à coup, je ne vois qu'un moyen : il te faudrait dormir ou, du moins, aller sur la terrasse qui domine un côté du jardin de ton père. Si je savais que tu irais, je m'arrangerais moi-même pour y grimper, tout haute qu'elle soit.

- Si tu as le courage d'y monter, je crois bien que je m'arrangerais pour y dormir.

Catherine commença à se plaindre que la chaleur de la nuit précédente ne l'avait pas laissée dormir.

- Qu'elle chaleur veux-tu dire ma fille, il ne fait pas du tout chaud.

- Ma mère, vous devriez dire « à ce qu'il me semble ». Il vous faut penser que les jeunes filles ont plus facilement chaud que les personnes d'un certain âge... Si j'avais la permission de mon père et la vôtre, je ferais volontiers dresser un divan sur la terrasse, contiguë à la chambre de mon père, et qui domine le jardin. C'est là que je dormirais en entendant le chant du rossignol...

Quand la dame rapporta cette conversation à son mari que l'âge rendait un peu quinteux, il s'écria :

- Qu'est-ce que ce rossignol dont il lui faut le chant pour dormir ? Je lui ferai faire la sieste au cri des cigales !

- Mon ami, vous n'êtes pas tendre pour votre fille. Que vous importe qu'elle dorme sur la terrasse.

Elle n'a fait que bouger toute la nuit tant elle avait chaud. De plus êtes-vous surpris que ça lui fasse plaisir d'entendre le rossignol ?

- Eh bien, qu'on lui dresse là-bas un lit à la mesure du lieu...

Catherine s'empressa de se faire dresser un lit et fit un signe convenu à Richard.

 

Quand Messire Lizio vit que sa fille était allée se coucher, il ferma la porte qui, de sa chambre, donnait sur la terrasse. Richard, à l'aide d'une échelle monte sur un mur et, de là, utilise les pierres d'appui d'un autre mur ; Il ne ménage pas sa peine,brave les risques d'une chute, et parvient sur la terrasse.

On l'accueillit en silence mais avec le témoignage de la joie la plus vive. Il y eut grand échange de baisers, puis les deux amants se coulèrent dans le lit. La nuit se passa presque toute au doux plaisir qu'ils goûtèrent l'un par l'autre, en faisant maintes fois chanter le rossignol. Réchauffés qu'ils étaient par la température et leurs doux ébats, ils s'endormirent sans couverture. Catherine avait passé son bras droit sous le col de Richard, et, de sa main gauche, tenait solidement cet objet que vous avez la plus grande honte à nommer, Mesdames, en présence des hommes.

Messire Lizio se lève et dit :

- allons voir un peu comment le rossignol a fait dormir Catherine.

Il avance à pas feutrés, écarte la courtine qui abrite le lit et voit Richard et Catherine tout nus et découverts, enlacés de la façon que j'ai décrite. Il se retire en silence et va droit à la chambre de sa femme à qui il dit :

- Debout mon amie, lève-toi. Viens constater que ta fille avait telle envie du rossignol qu'elle l'a capturé et le tient dans sa main.

La dame suit son mari et les voilà tous deux devant le lit. La courtine écartée, Giacomina put voir, sans doute possible, que sa fille avait pris et tenait fermement le rossignol qu'elle avait un tel désir d’entendre chanter.

*   *   *

L'histoire se termine bien... par le mariage de Richard et de Catherine. Les époux eurent tout loisir de faire nuit et jour la chasse au rossignol !

 

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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 16:29

J'avais découvert ce livre lors de l'émission " La grande librairie " : François Busnel recevait Gérard Depardieu à l'occasion de la parution de son autobiographie.

Quelques extraits tout simplement !

Pour mes amis "gendarmes" :

"Je n'ai pas été élevé. Je n'ai pas reçu d'éducation. L'école, Charlemagne, Jules Ferry, tout ça j'y ai échappé. Ce que j'ai appris, je l'ai appris tout seul. La seule administration française qui m'a un peu enseigné des choses, c'est pas l'Education Nationale, c'est la Gendarmerie. Autant les profs et les curés ne voulaient pas de moi, autant ça s'est toujours bien passé avec les gendarmes. Ce sont eux qui, quand ils me ramassaient, m'ont donné quelques bases d'éducation civique. Et je leur en ai toujours été reconnaissant."

Au sujet de "Poutine" :

"Poutine, c'est un ancien voyou , je l'ai entendu parler aux oligarques qui essaient de saigner le pays, il n'a pas sa langue dans sa poche. C'est eux qui ont peur de lui et pas l'inverse comme dans tellement d'autres pays. Et je vois bien quand je parle aux gens là-bas combien ils lui sont reconnaissants d'avoir retrouvé face aux autres pays une certaine dignité, qu'ils avaient perdue avec cet Elstine qui adorait la boisson et qui s'effondrait en public devant des chefs d'Etat, comme moi avec mon scooter devant les pompiers de Paris "

Au sujet des "religions"  et de la "politique":

" Puis les religions sont arrivées, le judaïsme, le christianisme, l'islam et, d'une certaine façon on a commencé à régresser.

Elles ont bien sur apporté une certaine organisation, une organisation sociale, surtout, mais aussi beaucoup d'ignorance. Une autre religion les a tout de suite  confisquées et utilisées : le politique.

...

En arrivant à Paris, j'ai d'abord pratiqué le hata yoga, le souffle là encore, la respiration. Puis je me suis converti à l'islam après avoir assisté à un concert d'Oum Kalsoum. C'est la sensualité, le ressenti, les sourates du Coran  chantées par Oum Kalsoum qui m'ont transporté vers cette spiritualité.

...

J'ai fréquenté la mosquée pendant deux ans. Je faisais les cinq prières par jour.

...

Plus tard, quand j'ai lu Saint Augustin sur les conseils de Jean-Paul II, ce qui m'a séduit chez lui, c'est encore la sensualité, son savoir sur la nature, son vécu. Et j'aimais sa façon de s'adresser à Dieu, avec colère souvent, avec la colère de la question restée sans réponse.""

 

Le reste  ? Dans le livre !

" Innocent "  de Gérard Depardieu
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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 09:31

Nous voici à la cour d'Henri II , en 1555.

Alexandre Dumas dans son roman historique "La Royale maison de Savoie"  (Tome 1 Emmanuel Philibert, le page du Duc de Savoie) dépeint ainsi  Marie Stuart :

« Elle allait avoir quatorze ans, comme nous l'avons dit. Son teint tenait du lys, de la pêche et de la rose, un peu plus du lys peut-être que de tout le reste. Son front, haut, bombé dans la partie supérieure, semblait le siège d'une dignité fière, à la fois – mélange singulier ! – pleine de douceur, d'intelligence et d'audace. On sentait que la volonté comprimée par ce front, tendue vers l'amour et le plaisir, bondirait au-delà des passions ordinaires et, s'il le fallait, pour contenter ses instincts voluptueux et despotiques, irait jusqu'au crime. Son nez, fin, délicat, mais cependant ferme, était aquilin ainsi que ceux des Guise. Son oreille se dessinait petite et enroulée comme une coquille de nacre irisée de rose, sous sa tempe palpitante. Ses yeux bruns, de cette teinte qui flotte entre le marron et le violet, étaient d'une transparence humide et pourtant pleine de flamme sous leurs cils châtains, sous leurs sourcils dessinés avec une pureté antique. Enfin, deux plis charmants achevaient, à ses deux angles, une bouche aux lèvres pourpres, frémissantes, entrouvertes, qui, en souriant, semblait répondre la joie autour d'elle et qui surmontait un menton frais, blanc, arrondi et perdu dans ces contours dont l'imperceptible rebondissement se rattachait à un cou onduleux et velouté comme celui du cygne... »

L'élégie écrite par Ronsard après le départ de la Reine Marie Stuart tend à prouver que les français aimaient cette jeune reine :

Bien que le trait de vostre belle face

Peinte en mon coeur le temps ne s'efface,

Et que tousjours je le porte imprimé

Comme un tableau vivement animé,

J'ay toutesfois pour la chose plus rare

(Dont mon estude & mes livres je pare)

Vostre portrait qui fait honneur au lieu,

Comme un image au temple d'un grand Dieu.

L'élégie vaut à Ronsard d'être récompensé par la reine qui lui envoie une pension en 1566.

Marie Stuart  et RonsardMarie Stuart  et RonsardMarie Stuart  et Ronsard

Marie Stuart et Ronsard

Marie Stuart écrivit à la façon de son maître Ronsard un poème en souvenir de François II, son époux, Roi de France en 1559 et décédé l'année suivante :
 

Le regret d'un absent.

Si parfois vers les cieux

Viens à dresser ma veue

Le doux traict de ses yeux

Je vois en une nue ;

Soudain je vois en l'eau

Comme dans un tombeau.

Si je suis en repos,

Sommeillant sur ma couche,

Je le sens qui me touche :

En labeur, en recoy,

Tousjours est près de moy. 

Telle était celle que Ronsard et Du Bellay nommaient leur dixième muse.

Telle était celle qui fut emprisonnée en 1568 par sa cousine la reine Elisabeth 1ère d'Angleterre.

Telle était celle qui, condamnée pour trahison devait être exécutée sur le billot de Fotheringay.

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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 09:29

Je viens de lire avec plaisir le roman de Pierre Lemaître, à qui a été attribué le prix Goncourt.

Voici quelques mots concernant ce roman que j'ai trouvé captivant, parfois « macabre », jubilatoire, profond et émouvant.

Enfin, j'ai beaucoup aimé les portraits des personnages ; ils constituent l'essentiel de cet article et peut-être vous inciteront-ils à en savoir plus...

RESUME

Novembre 1918.

Édouard Péricourt et Albert Maillard n'ont rien en commun si ce n'est la vie des tranchées. Ils sont sous les ordres du lieutenant d'Aulnay-Pradelle, homme décidé, sauvage et primitif qui, au cours d'un même assaut, brise la vie de l'un et l'autre à quelques jours de l'armistice. Dans une France où le commerce nauséabond prospère sur le traumatisme de la Grande Guerre et le culte des poilus, Édouard et Albert montent ensemble une arnaque scandaleuse, géniale et terriblement risquée.

LES PORTRAITS (Extraits)

Edouard PERICOURT

On disait parfois le « petit Péricourt » pour jouer avec le paradoxe, parce que, pour un garçon né en 1895, il était extrêmement grand, 1 m 83, vous pensez, c'était quelque chose. D'autant qu'avec une taille pareille, on a vite l'air maigre...

Dans les écoles qu'il fréquentait, tous étaient comme lui des gosses de riches à qui rien ne pouvait arriver...

Chez Edouard, ça passait moins bien que chez les autres parce qu'en plus de tout ça, il était chanceux...

Edouard s'était toujours exprimé dans le dessin...On le disait vicieux parce qu'il adorait choquer, il n'en ratait pas une , mais le coup de la sodomie de sainte Clotilde par l'évêque de Reims avait vraiment choqué l'institution. Et ses parents. Outrés...

Edouard disposait d'une intelligence que tout le monde reconnaissait supérieure à la moyenne, un incroyable talent pour le dessin, inné...

Albert MAILLARD et sa Cécile

C'était un garçon mince, de tempérament légèrement lymphatique, discret. Il parlait peu, il s'entendait bien avec les chiffres. Avant la guerre, il était caissier...Le travail ne lui plaisait pas beaucoup, il y était resté à cause de sa mère...

Il voulait partir, il avait des envies de Tonkin, assez vagues, il est vrai...

Mais Albert n'était pas un type rapide, tout lui demandait du temps. Et très vite, il y avait eu Cécile, la passion tout de suite, les yeux de Cécile, la bouche de Cécile, le sourire de Cécile, et puis forcément, après, les seins de Cécile, le cul de Cécile, comment voulez-vous penser à autre chose...

Elle (Cécile) avait les yeux bleus, bon, à vous, ça ne vous dit rien, mais pour Albert, ces yeux là c'était un gouffre, un précipice. Tenez, prenez sa bouche et mettez-vous un instant à sa place, à notre Albert. De cette bouche, il avait reçu des baisers si chauds et tendres, qui lui soulevaient le ventre, à exploser, il avait senti sa salive couler en lui, il l'avait bue avec tant de passion, elle avait été capable de tels prodiges que Cécile n'était pas seulement Cécile...

Le lieutenant PRADELLE

Albert ne l'aimait pas. Peut-être parce qu'il était beau. Un type grand, mince, élégant, avec beaucoup de cheveux ondulés d'un brun profond, un nez droit, des lèvres fines admirablement dessinées. Et des yeux d'un bleu foncé. Pour Albert, une vraie gueule d'empeigne. Avec ça, toujours l'air d'être en colère. Un gars du genre impatient, qui n'avait pas de vitesse de croisière : il accélérait ou il freinait ; entre les deux,rien. Il avançait avec une épaule en avant comme s'il voulait pousser les meubles, il arrivait sur vous à toute vitesse, et il s'asseyait brusquement, c'était son rythme ordinaire. C’était même curieux ce mélange : avec son allure aristocratique, il semblait à la fois terriblement civilisé et foncièrement brutal. Un peu à l'image de cette guerre. C'est peut-être pour cela qu'il s'y trouvait aussi bien. Avec ça, une de ces carrurs, l'aviron, sans doute le tennis.

...Visiblement, la perspective d'un armistice lui mettait le moral à zéro, le coupait dans son élan patriotique. L'idée de la fin de la guerre, le lieutenant Pradelle, ça le tuait...

Pradelle va épouser la fille de Mr Péricourt, riche industriel (père d'Edouard) et se lancer dans les affaires macabres, si enrichissantes...

Le général MORIEUX (Relation de Pradelle)

Le général Morieux semblait extrêmement âgé et ressemblait à n'importe lequel de ces vieillards qui avaient envoyé à la mort les générations entières de leurs fils...

Fusionnez les portraits de Joffre et de Pétain avec ceux de Nivelle, de Gallieni et de Ludendorff, vous avez Morieux, des bacchantes de phoque sous des yeux chassieux noyés dans un teint rougeâtre, des rides profondes et un sens inné de son importance...

La guerre est finie et revoici notre général...

Le général Morieux paraissait au moins 200 ans de plus. Un militaire, vous lui retirez la guerre qui lui donnait une raison de vivre et une vitalité de jeune homme, vous obtenez un croûton hors d'âge...

Il s'effondrait dans le premier fauteuil venu avec un soupir qui ressemblait déjà à un râle, et quelques minutes plus tard sa brioche commençait à se soulever comme un Zeppelin, les moustaches frissonnaient à l'inspiration, les bajoues vibraient à l'expiration...

LABOURDIN (maire, qui comme certains de nos élus, adorait faire partie de commissions, de comités, de délégations, il y voyait une preuve de son importance ...)


Labourdin était un imbécile grandi par sa bêtise.Elle se manifestait sous la forme d'une ténacité exceptionnelle, incontestable vertu en politique, encore que la sienne ne fût due qu'à son incapacité à changer d'avis et à un manque total d'imagination. Cette stupidité était réputée pratique. Médiocre en tout, presque toujours ridicule, Labourdin était le genre d’homme qu’on pouvait placer n'importe où, qui se montrait dévoué, une bête de somme, on pouvait tout lui demander. Sauf d'être intelligent, immense bénéfice. Il portait tout sur son visage, sa bonhomie, son goût pour la nourriture, sa lâcheté, son insignifiance et surtout, surtout sa concupiscence. Il était heureux, Labourdin, ça se voyait tout de suite. Ventre plein, couilles pleines, toujours prêt à en découdre avec la prochaine table, avec les prochaines fesses. Il devait son élection à une petite poignée d'hommes influents sur lesquels Mr Péricourt (le père d'Edouard) régnait en maître.

Quelques extraits pour situer les personnages au début du roman

Albert enterré vivant :

Pradelle était sur lui, un coup d'épaule dans le buffet et le soldat (Albert) a chuté dans un trou d'obus...

Il doit s'occuper de ce con de soldat, là-bas, dans son trou... Pradelle sort sa seconde grenade...A l'instant même, un obus explose, une immense gerbe de terre s'élève et s'effondre...Le trou est entièrement recouvert. Pile-poil. Le type est en-dessous. Quel con ! L'avantage pour Pradelle, c'est qu'il a économisé une grenade offensive...

Albert va mourir...mais avant, quelle rencontre !


Ses doigts touchent quelque chose de souple, pas de la terre, pas de l'argile, c'est presque soyeux, avec du grain...
A mesure qu'il s’accommode, il discerne ce qu'il a en face de lui : deux gigantesques babines d'où s'écoule un liquide visqueux, d'immenses dents jaunes, de grands yeux bleuâtres qui se dissolvent...Une tête de che
val...


Le titre du roman

Le visage d'Albert est presque bleu, ses tempes battent à une cadence inimaginable, on dirait que toutes les veines vont éclater...il a épouvantablement peur de mourir. Or c'est inutile, il va mourir seul, sans elle. (Cécile)

Alors, au revoir, au revoir là-haut, ma Cécile, dans longtemps.

Edouard Péricourt sauve Albert Maillard

Péricourt s'était fait faucher en pleine course. La balle lui avait fracassé la jambe...Il boitera le restant de ses jours mais sur ses deux jambes...

Son regard reste fixé sur l'endroit où se trouvait Pradelle...Une petite pointe d'acier perce le sol...C'est l'extrémité d'une baïonnette...Là-dessous, il y a un soldat enterré...

En pleurant, il continue de dégager le reste du corps...devant le visage du soldat, il y a une tête de soldat mort...Edouard entend un râle...C'est Albert ...qui se met à tousser...

Edouard Péricourt, gueule cassée,

C'est alors qu'arrive à sa rencontre (celle d'Edouard) un éclat d'obus...

L'éclat d'obus lui a emporté toute la machoire inférieure ; en-dessous du nez, tout est vide, on voit la gorge, la voûte, le palais et seulement les dents du haut...

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 16:26
Après la publication d'un article sur le suicide de Madame Trask (A l'est D'Eden de John Steinbeck) voici une lecture historique de la pratique suicidaire.
Ci-après sont reproduits des extraits du roman « Les enfants d'Alexandrie » de Françoise Chandernagor de l' Académie Goncourt.
Ce livre s'inscrit dans la lignée de romans historiques qui évoquent le suicide de romains célèbres : Sénèque, précepteur de Néron, discrédité et acculé au suicide, Néron lui-même qui, dépossédé de son pouvoir se suicide, assisté d' Epaphrodite...etc.
Je reconnais que cet article sera difficile à lire pour les âmes sensibles (je pense à mes copines) mais nous, militaires (salut les copains) avons l'habitude des choses de la vie.
Veuillez noter qu'un général romain ne pouvait faire l'économie de cette réflexion, a fortiori lorsqu'il avait choisi la carrière politique.
Je me dis qu'une telle réflexion serait utile à nos grands hommes politiques tellement ils me paraissent « mauvais » même si pour eux ce ne serait qu'une question de confort et certainement pas une question d'honneur.
Parfois, mon imagination déborde … Ce soir je me dis qu'on devrait proposer au peuple un référendum dont la question serait :
Etes-vous pour ou contre le suicide moral du Président en raison de son incompétence ?

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Mœurs romaines d'après le roman « Les enfants d'Alexandrie » de Françoise Chandernagor de l'Académie Goncourt
Il s'est vu mourir, Marc Antoine s'est vu mourir.

…...

Il se sent prêt maintenant à mourir pour Cléopâtre. Prêt, surtout, à mourir avec elle, près d'elle.

Il y a longtemps qu'il examine les techniques de suicide avec réalisme et précision : un général romain, même confiant, ne peut faire l'économie de cette réflexion ; a fortiori lorsqu'il appartient à une grande famille et qu'il a choisi la carrière politique. Ce n'est pas qu'une question d'honneur, c'est une question de confort...

Curion en tenait pour le procédé, on ne peut plus classique, de la décapitation par un esclave fidèle préposé à la tâche. « Si l'esclave est bien entraîné et le glaive correctement affûté, la mort est immédiate et indolore... »

Il n'empêche qu'il (Marc Antoine) éprouve une répulsion instinctive à l'idée qu'on séparera sa tête de son corps. Non qu'une tête coupée l'impressionne au-delà du raisonnable : quel autre moyen aurait un soldat pour prouver qu'il a bien accompli sa mission ? Il admet par ailleurs qu'une tête simplement fichée au bout d'une pique, ou exposée sur la tribune aux harengues du Forum, ou bien au-dessus de la porte d'un palais, peut avoir valeur d'exemple. Il n'est pas une mauviette : qu'on montre sa tête au peuple, passe ; mais il déteste l'idée qu'on pourrait jouer avec.

Lancer une tête comme un ballon, la poser dans les plats, la jeter à des acteurs, lui pisser dessus, tous ces comportements lui paraissent, comment dire ? Déplacés. Il ne peut se défendre, tout romain qu'il soit, d'une petite répugnance.

Reste l'autre forme de suicide, la seule, en vérité, qui soit digne d'un chef romain : l'éventration. On plante le glaive dans le sol, et on se jette dessus de tout son poids.

A Eros son page, à qui il a demandé de l'achever, il a imposé des répétitions : d'abord décapiter des courges, puis s'exercer sur deux ou trois condamnés à mort. Tout geste militaire exige un peu d'entraînement.

Faute de pratique, beaucoup de romains se ratent. Même si tous n'ont pas la malchance de ce pauvre Caton d'Utique auquel le médecin de famille a recousu les entrailles après une première tentative, et qui, pour finir, a dû arracher la couture point à point et se déchirer les intestins à la main... »
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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 15:24

En attendant neige et raquettes, voici revenu le temps de publier ici quelques « mots ».

Dans les années 1960, j'avais vu le film « A l'est d'Eden » et découvert James Dean.

En 1954, lorsqu’il prépare À l’est d’Eden, Elia Kazan a 46 ans. Il vient d’achever Sur les quais avec Marlon Brando. Pour le personnage de Cal Trask, le jeune mal-aimé du roman de Steinbeck, il pense à Paul Newman. En 1955, Nicholas Ray a 44 ans. La Warner lui soumet l’idée de La Fureur de vivre, dont le rôle principal devait initialement revenir à Brando. Mais un autre comédien, émoulu comme Newman et Brando de l’Actor’s Studio (fondé en 1947 par... Kazan), séduit les deux réalisateurs. Il s’appelle James Dean, et n’a encore que son joli minois pour séduire les foules. Très vite pourtant, l’acteur impose son style inimitable, entre improvisation et autisme apparent, faisant exploser sa violence de jeune adulte dans un corps d’enfant, poings serrés mais bras ballants.

* * *

Je viens de relire le roman de Steinbeck. Publié en 1952, le titre de ce roman est une allusion au verset biblique relatant la fuite de Caïn après le meurtre d'Abel :

« Caïn se retira de devant l'Éternel, et séjourna dans le pays de Nôd, à l'est d'Éden. (Genèse 4.16)»


Steinbeck brosse le portrait de personnages en les impliquant dans des situations où se révèle leur complexité. Ainsi, Samuel est plein de force et de sagesse, Cathy pleine de vice et de duplicité...

Dans la 1ère partie du roman (elle ne figure pas dans le film) Steinbeck raconte la vie de deux familles venues s'installer dans la vallée de la Salinas en Californie : celle de Samuel Hamilton et de sa femme Liza, et celle de Cyrus Trask, soldat ayant été blessé à la jambe et propriétaire d'une ferme dans le Connecticut.

Blessé, Cyrus, le mari de Madame Trask, est démobilisé. Sa blénnoragie ne coule plus et lorsqu'il rentre chez lui, il lui reste juste assez de gonocoques pour contaminer sa femme.

Voici le portrait de Madame Trask, personnage mineur dans le roman. Il me plait bien ce portrait aussi flamboyant que les couleurs de l'automne, aussi froid que des stalactites de glace. Il est un combat impitoyable entre le bien et le mal, thème principal du roman et ici, le mal triomphe à cause de rêves …

Madame Trask était une femme incolore et renfermée. Nul rayon de soleil n'avait jamais enflammé ses joues et nul vrai sourire n'avait jamais contracté les muscles de ses lèvres. Elle employait la religion comme agent thérapeutique pour soigner le monde et elle-même. Si le mal évoluait, elle adaptait la religion au mal. Lorsqu'elle comprit que la théosophie qu'elle avait bâtie pour communiquer avec un époux mort se montrait inutile, elle chercha quelque nouvelle raison de souffrir. Elle fut vite récompensée par l'infection que Cyrus avait rapportée de la guerre. Dès qu'elle eut des certitudes, une illumination nouvelle remplaça l'ancienne. Son dieu de contact devint un dieu de vengeance, le dieu le plus magnifique qu'elle eût jamais inventé – et le dernier, d'après la tournure des évènements. Il était certain que sa misère physique était la punition de certains rêves qu'elle avait fait en l'absence de son mari. Mais l'infection n'était pas une punition suffisante pour ses flirts de sommeil. Son nouveau dieu était exigeant en matière de châtiment. Il lui demandait un sacrifice. Elle chercha comment humilier sa chair et son esprit et, finalement, avec une sorte de joie elle trouva la réponse : le dieu lui demandait son propre sacrifice. Elle mit deux semaines à corriger les fautes d'orthographe dans sa lettre d'adieu. Elle y confessait des crimes qu'elle ne pouvait matériellement avoir commis et des fautes bien au-delà de ses possibilités. Puis une nuit, à la lumière de la lune, vêtue d'un linceul confectionné en secret, elle alla se noyer dans un étang si peu profond qu'elle dut s'agenouiller dans la boue et garder la tête sous l'eau – ce qui dénotait beaucoup de volonté chez elle. Lorsque, enfin, l'inconscience l'enveloppa, elle pensa, avec une pointe d'ennui, que son linceul serait taché de boue lorsqu'on la retirerait de l'eau le lendemain. Ce qui ne manqua pas d'arriver.

Cyrus Trask pleura sa femme avec un cruchon de whisky et trois copains de régiment...

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