Nage dans une coulée de neige !
Nager, voici bien le mot qui me ressemble !
Quelques années plus tard, c'est avec mon beau-frère
que sous un ciel pluvieux nous partons ensemble
les skis aux pieds dans le massif des Glières.
Un paysan nous voit et nous interpelle :
Sale temps, neige mouillée, devriez renoncer !
Oh l'ami, sommes du pays ; on lui rappelle
qu'on connait le terrain et qu'on aime foncer
sur les pentes enneigées, loin des sentiers battus !
Quelques heures durant, nous montons lentement ;
il n'y a vache qui vaille sur ce terrain pentu !
La neige lourde colle aux pieds. Soudainement,
le brouillard nous enveloppe, masse opressante ;
On n'y voit goutte. Le temps passe, tout est blanc.
On monte toujours, atmosphère angoissante;
mais où est donc le nord ? C'est vraiment accablant !
Soudain sous mes skis la neige se fendille.
On ne voit rien, on est perdu, c'est dangereux.
Stoppons. On enlève les peaux, on s'habille
et commençons la descente en terrain poudreux.
Je ne vois plus mon beau-frère partit devant
quand soudain le sol se dérobe. Emporté
par un fleuve impétueux où les remous blancs
m'attirent vers le fond, je nage hébété.
Voici que le ciel s'éclaircit et je découvre
en bas une ravine profonde qui m'attend.
Et la neige qui roule rapidement ouvre
en souriant la porte d'un beau tombeau blanc.
Au moment de basculer, le temps s'arrête ;
Seul mon visage émerge de la masse blanche.
Mon beau-frère enterré sort enfin la tête
tout en suffocant. Sans cesse il se déhanche
et parvient à se libérer du piège sournois
qui a failli nous emporter dans l'au-delà.
De retour dans la vallée, c'est avec la foi
du miraculé que l'on va faire la bamboula
chez le paysan qui nous ouvre sa porte
pour nous réchauffer avec son eau de vie.
Elle est très bonne ! Pour la route on l'emporte
afin de mieux lutter pour notre …survie !

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